[PUTACLIC] Plus on est intelligent, plus on boit

Le 12 Novembre 2012 (à un mois de la fin du monde), le Figaro, soucieux de la santé des étudiants, publiait : http://etudiant.lefigaro.fr/vie-etudiante/news/detail/article/plus-on-est-intelligent-plus-on-boit-416/


Plus on est intelligent, plus on boit (Alors... à la limite, le ton péremptoire n'est pas vraiment respectueux des précautions scientifiques d'usage, mais ok yolo. Non, ce que j'aimerais pas c'est que l'article laisse supposer que la réciproque est vraie...ce que fait l'article une ligne plus loin)
Deux études américaines et britanniques montrent un lien entre consommation d’alcool et QI (...voila là ça commence à mal partir, ça laisse (volontairement) penser que le lien va dans les deux sens). Les chercheurs ont suivi des étudiants, classés par niveau scolaire (Donc ≠ intelligent, d'ailleurs, le même figaro publiait, 11 jours plus tard,: 70% des surdoués sont en échec scolaire). Une fois adultes, les personnes très intelligentes consommeraient 80 % d’alcool en plus.

Traduction 

Des scientifiques ont observé que les gens qui réussisent à l'école boivent plus à l'age adulte que les gens qui y galèrent.
La réciproque n'a pas été observée: les gens qui boivent ne sont pas, en moyenne, plus intelligent que ceux qui ne boivent pas.

Car:

Illustration par les chiffres :
On prend 10 personnes, 9 cons et 1 génie.
  • Le génie boit de l'alcool
  • 6 cons sur 9 en boivent aussi. 
Donc, effectivement, les génies boivent plus d'alcool que les cons (ici 100% des génies boivent contre 66% pour les cons). MAIS, si vous buvez, vous avez 6 chances sur 7 (86%) d'être un con et pas un génie. Car, comme on dit: "Ce qui fait la force du con, c'est qu'il est nombreux".

Tout l'article tente, à demi-mot, de laisser entendre que, comme les gens intelligents boivent plus d'alcool, boire de l'alcool "rendrait" intelligent.
Il s'agit là d'une erreur classique de logique, qui est l'occasion pour moi de revenir un peu sur cette discipline qui est probablement celle que j'affectionne le plus:


Implication et Equivalence

Dans les nombreux ravissements intellectuels que produit l'étude des sciences, se trouve la logique formelle. Elle possède de fantastiques outils pour penser, applicables dans la vie quotidienne pour échapper aux sophismes qui nous entourent.

Un brin de formalisme:

Appelons A la proposition: "j'écris un article putaclic"
Appelons B la proposition: "je suis la lie de l'humanité"
On peut donc dire que A "implique" B dans la mesure où "SI j'écris un article putaclic ALORS je suis la lie de l'humanité" (je reviendrai un jour sur les fabuleux opérateurs SI, ALORS, POUR TOUS, IL EXISTE).

Qu'est-on en droit de tirer comme information de cette implication et qu'est-ce qui est abusif?

La logique enseigne qu'il est rigoureux de déduire de "A implique B" que "le contraire de B implique l'absence de A": "SI je ne suis PAS la lie de l'humanité ALORS je n'ai PAS pu ecrire un article putaclic".
Cette seconde affirmation s'appelle la contraposée de l'implication "A implique B". La contraposée d'une implication est toujours vraie, donc elle peut être déduite.

Quand A implique B, on dit que B est une condition nécessaire de A: si y a pas B, ben y a pas A (si je pète, ça pue donc si ça pue pas c'est que j'ai pas pu péter...car sinon ça puerait).

On dit aussi que A est une condition suffisante de B: du moment qu'il y a A, ça "suffit" à avoir B (j'ai pas besoin de faire un truc en plus de péter pour que ça pue).
Mais A n'est pas forcément une condition nécessaire de B car B peut advenir pour plein d'autres raisons que A (si je rôte, ça pue alors que pourtant j'ai pas pété).


Sophisme:

Donc, il est abusif de déduire de A implique B que B implique A, c'est à dire que "SI je suis la lie de l'humanité ALORS j'écris un article putaclic".
"B implique A" est appelé la réciproque de "A implique B". Il n'est pas possible, depuis une implication, de savoir si sa réciproque est vraie ou fausse. Elle ne peut donc pas être déduite, il faut la prouver à part.

Dans notre exemple, je peux être la lie de l'humanité pour plein d'autres raisons: par exemple, car je suis un cycliste qui roule sur la route alors qu'il y a une piste cyclable à 2m de moi. Donc ici la reciproque est fausse.

A implique B mais B n'implique pas A.

Il y a des cas où la réciproque est vraie également: proposition C: "j'ai moins de 18 ans", D: "je suis mineur"

"SI j'ai moins de 18 ans ALORS je suis mineur" (implication)
"SI je sui mineur ALORS j'ai moins de 18 ans" (réciproque)
Ici l'on voit que l'implication et sa réciproque sont vraies, on dit alors qu'il y a équivalence entre C et D.
Cela signifique que D n'apporte pas d'information supplémentaire par rapport à C et vice-versa (tu sauras pas plus de chose sur moi si je te dis que j'ai moins de 18 ans plutot que de te dire que je suis mineur).
On dit alors que A est une condition nécessaire et suffisante de B (et vice-versa): je ne peux pas être mineur si je n'ai pas moins de 18 ans et en même temps être mineur ne dépend que de mon âge.

Et tout ça...c'est beau putain!



Un des fréquents travers du journalisme scientifique facebouquois est de faire passer des implications pour des équivalences (des vessies pour des lanternes comme dirait mamie).

Là pour le coup, c'est le Figaro qui fait ça, l'article original s'atèle juste à chercher d'où vient le fait que les gens intelligents boivent plus d'alcool.
Leur hypothèse c'est que, parmi les hommes préhistoriques, ceux qui pouvaient être assez curieux pour essayent de gouter un truc fermenté, étaient les individus les plus intelligents du groupe (les gens intelligents aiment les trucs nouveaux, c'est leur prémisse). Et donc leur intelligence les prédispose plus à prendre de l'alcool.
Cette hypothèse serait aussi étayée par le fait qu'avant, on prenait de l'alcool sous forme solide (fruit fermenté). Et la consommation liquide est récente dans l'humanité. Et les gens intelligents aiment les trucs nouveaux. Donc ça expliquerait qu'ils aiment "boire" de l'alcool...
...
Je vous vois sur votre chaise en train de vous dire:


Mais...C'est de la merde cette hypothèse.

Ouais alors effectivement, ça sent pas le prix Nobel. Surtout que le mec qui l'a formulée est "psychologue de l'évolution" (hmmmmmmmok), qu'il a publié un livre "Pourquoi les gens beaux ont plus de filles" (ha ouais quand même) et qu'il formule cette hypothèse sur un site qui s'appelle Psychology today... (moi je l'aurais pas matché sur tinder quoi).

Pour ma part je vois quelques hypothèses plus probables:
  • Plus les gens sont intelligents, plus ils voient comment le monde est con et ça les déprime alors ils picolent
  • Plus les gens sont intelligents, plus ils ont envie d'expérimenter des trucs
  • Plus les gens sont intelligents, plus ils ont pu être brimés à l'école, donc plus ils sont timides, donc plus ils ont besoin de produits déshinibants (laule, je dis ce que je veux ok, c'est mon blog)
  • Plus les gens sont intelligents, moins ils sont superstitieux, moins ils sont religieux, donc exit boudhisme, islam, etc. (bon ok ça c'est du troll, de très grands scientifiques étaient croyants)
Rappelons que rien que de parler de "gens intelligents" est un raccourcis foireux vu que les études se basent sur les résultats scolaires.

Résumé

Les gens diplomés picolent beaucoup mais picoler ne rend pas intelligent.

Sources

Papier original
Article du figaro tel qu'il était au moment où je redige
Introduction sympa à la logique formelle
Une vidéo bien pédago de e-penser sur la logique et le raisonnement (14min)

Cet article vous est offert par StopBitchingWith.Science, Lobby militant pour que les kellogs aient des meilleurs jouets à l'intérieur

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